Saint Pierre

Son nom est d’origine latine, il signifie « pierre, roche ». Il s’appelait Simon avant de rencontrer Jésus. Il vécu au premier siècle en Palestine et à Rome. Il entretint des liens avec les onze autres apôtres, mais plus particulièrement avec Jacques, Jean et Paul.

Sa vie

Malgré le rôle considérable qu’a joué Pierre dans la fondation de l’Eglise, sa vie reste mal connue. La légende y tient une grande place.

Lorsque Jésus commence sa vie publique, Simon-Pierre est marié ; il a quitté sa maison natale de Bethsédée en Galilée, et vit à Capharnaüm. Jésus appelle Simon-Pierre et son frère André à le suivre, alors qu’ils pêchent sur le lac de Génésareth (Mc 1,16-18). Ils sont les deux premiers apôtres appelés par Jésus.

Dans le groupe des apôtres, Pierre jouit d’une nette primauté. Simon-Pierre reconnut en Jésus le Fils de Dieu et le nomma : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant ». Jésus à son tour lui donna un nom et lui répondit : « Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise [...] et je vous donnerai les clefs du Royaume des cieux. » - Evangile selon saint Matthieu, chapitre XVI, verset 16 à 19.

Son nom est le signe de son rôle dans la construction de l’Eglise à venir. A partir de cet événement crucial, les clefs sont des attributs caractéristiques de saint Pierre. Il est représenté soit avec une clef ou plus traditionnellement avec deux clefs : celle du ciel et celle de la terre.

Pierre domine un certain nombre d’épisodes de l’Evangile. Il assiste à la guérison miraculeuse de la file de Jaïre (Mc 5, 37 ; Lc 8, 51), à la Transfiguration (Mt 17, 1 ; Mc 9, 1-7 ; Lc 9, 29). On le retrouve lors de la prière de Jésus (Mt 26, 36-46 ; Mc 14, 33) ; il assiste à l’arrestation de Jésus (Mt 26, 51-53). Jusqu’à l’Ascension, la vie de Pierre se confond avec celle de Jésus ; il est présent dans tous les événements importants, notamment ceux de la Passion. La nuit précédant l’Ascension, Jésus annonce à Pierre : « Cette nuit, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois » - (Mt 26,34 ; Jn 13,38).

Pendant son arrestation, Pierre fut abordé par une servante, alors que les soldats frappaient le Christ. Elle lui demanda : [...] Vous étiez aussi avec Jésus de Galilée. Mais il le nia devant tout le monde, en disant : je ne sais ce que vous dîtes. » - (Mt 26, 69-75) ; (Lc 22, 54-62). En référence à la prédiction faite par Jésus, le coq figure au nombre des attributs distinctifs de saint Pierre.

Après la Pentecôte, l’apostolat de Pierre se déroule en Palestine et en Asie Mineure, où il opère de nombreux miracles et conversions. Après la Résurrection, lors de l’apparition de Jésus aux disciples, au bord du lac de Tibériade, c’est à Pierre que Jésus pose la question : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » (Jn 21, 15-16). La position privilégiée de Pierre est illustrée par l’audace inouïe avec la quelle il demande à Jésus de le faire marcher sur les flots de la mer. Après la multiplication des pains, Jésus, qui vient de rejoindre les disciples dans leur barque en marchant sur la mer, leur fait peur. Pierre l’invite à leur prouver qu’il s’agit bien de lui, et non d’un fantôme : « si c’est bien toi, lui dit-il, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux » (Mt 14, 28), et Pierre marche sur les eaux.

Chef de la première communauté chrétienne de Jérusalem, il est mis en prison par Hérode, puis délivré par un ange. A une date que la tradition situe en 44, mais qui est peut-être plus récente, Pierre part pour Rome, où il reste jusqu’à la fin de sa vie, prêchant l’Evangile, rassemblant les disciples du Christ, organisant l’Eglise romaine (dont il aurait été le premier évêque).

Saint Pierre en croix.

Sa mort est située tantôt en 64, tantôt 67, le même jour que celle de Paul, lors des grandes persécutions antichrétiennes de Néron. Pierre est crucifié sur la colline du Vatican. La légende raconte que se jugeant indigne de subir la même mort que le Christ, il aurait demandé à être crucifié la tête en bas.

Le long séjour romain et la crucifixion de Pierre sont parfois contestés par la critique historique et archéologique. De fait, les Actes des Apôtres n’en parlent pas, et bien des témoignages concernant cette partie de sa vie sont sujets à caution. Mais de bonne heure la foi et la tradition les ont entérinés. Les Actes des Apôtres rapportent une série d’épisodes de la vie de saint Pierre : son discours lors de la Pentecôte (Ac2, 14-37)) ; la guérison d’un infirme au Temple par Pierre et Jean (Ac 3, 1-8) ; l’incarcération de Pierre et de Jean (Ac 4, 3) la mort d’Ananias et de Saphira (Ac 5, 1-10) ; la guérison des malades par l’ombre de Pierre (Ac 5, 14-16) ; la guérison d’Enée (Ac 9, 33-34) ; la résurrection de Tabitha (Ac 9, 36-41) ; le baptême de Corneille (Ac 10, 1-48)) ; la libération de Pierre de la prison d’Hérode par « l’Ange du seigneur » (Ac 12, 6-11).

Les Actes de Pierre, texte apocryphe du III siècle, racontent son voyage maritime vers Rome. Enfermé dans la prison Mamertine, il convertit et baptise ses deux geôliers, Procès et Martinien, avec l’eau qu’il fait jaillir du mur de la prison. Ce miracle de la source merveilleuse était appelé à une longue fortune. Comme il cherche à s’enfuir de Rome, Pierre rencontre le Christ sur la voie Appienne. C’est alors qu’il lui pose la question : Quo vadis, Domine ? (« Où vas-tu, Seigneur ? »). Le Christ répond : « A Rome, pour me faire crucifier une seconde fois ».

Pierre est un des saints les plus importants et les plus populaires du christianisme. A la fois « prince des apôtres » et lieutenant du Christ sur terre, puis portier du paradis au ciel, il fait l’objet, depuis une date très ancienne, d’un culte considérable et universel. Innombrables sont ses patronages et les églises (notamment les cathédrales) qui lui sont dédiées. Son nom est, après celui de Jean le nom de baptême chrétien le plus répandu.

Ses attributs

Saint Pierre peut être reconnu par différents éléments qui lui sont associés de façon récurrente :

  • Barque, filet de pêcheur poisson, à titre de référence à sa profession avant d’être appelé par le Christ.
  • Clefs, parfois une, souvent deux, celles du Ciel et de la Terre ; qui lui ont été confiées par Jésus.
  • Coq, en rappel du reniement du Christ par Pierre.
  • Chaînes, celles de son engeôlement par Hérode.
  • Croix renversée, en référence à sa crucifixion par Néron.
  • Tiare pontificale, pour son titre de premier pape de l’Eglise catholique romaine.

Ses protégés

Pierre est le saint patron protecteur de plusieurs corps de métiers : des cordonniers, des moissonneurs, des maçons, des horlogers, des pêcheurs, des poissonniers, des fabricants de clefs, des concierges et des portiers.

Sa place dans d’autres cultes

La fête de Saint Pierre est situé le 29 juin dans le culte catholique. Dans l’église orthodoxe cette fête est très importante. Il est fêté avec saint Paul, son frère, et forme avec lui les « princes des apôtres » dans la liturgie orthodoxe.

Saint Pierre est l’une des formes qu’a pris le dieu celte Dispater ou Dis Pater au cours de la christianisation. Il est le dieu des morts et de la nuit, ainsi que le dieu de l’eau et des fontaines.

On retrouve encore saint Pierre, sous le nom de Papa Legba dans le culte vaudou. Les cérémonies du vaudou commencent toujours par une invocation à Papa Legba, le « Maître des Portes ». Il garde le passage entre le monde des Dieux et celui des humains.

Vévé de Papa Legba, tracé pour les invocations.

Ses représentations au cours des mouvements artistiques

La plus ancienne figuration connue de saint Pierre est une fresque de la Chapelle de Doura-Europos (III siècle). Selon la typologie habituelle de l’apôtre, il est représenté vêtu de la tunique et du pallium*, et parfois en habits pontificaux. A partir du IV siècle, l’aspect de Pierre se maintient avec une constance remarquable : grand, massif, âgé. A la différence de Paul, il porte une barbe courte et drue : son crâne est tonsuré depuis le V siècle (rappelant qu’il fut le premier prêtre). Ce dernier détail procède également d’un récit apocryphe : Pierre aurait eu les cheveux tondus dans sa prison romaine. La tête plutôt ronde, les cheveux gris, bouclés et courts, Pierre a généralement un aspect d’une rudesse toute paysanne. Il est représenté en pied ou en buste.

Au V siècle, le groupe de Pierre et de Paul encadre le Christ. Celui-ci remet les clefs à Pierre. Ce thème persiste durant tout le Moyen Age dans l’art byzantin et occidental. Dans la tradition romaine, du V au XIIIème siècle, Pierre est toujours à la gauche du Christ.

A la fin du XIème siècle, apparaît une série de doubles portraits de Pierre et de Paul (sceaux d’abbés, statutaire) ; ils sont souvent associés à d’autres saints. Au XIIIème siècle, il trône, vêtu comme un évêque ou un pape.

Parmi les scènes empruntées aux textes canoniques, il convient de retenir la vocation des apôtres, que Jésus appelle du rivage, alors qu’ils pêchent sur le lac de Génésareth (mosaïque de l’église Saint-Apollinaire-le-Neuf à Ravenne, VI siècle) et la remise des clefs du Royaume. A l’époque paléochrétienne, Pierre reçoit les clefs avec un voile sur les mains ; traditionnellement Pierre reçoit deux clefs, celle du ciel et celle de la terre (Mt16, 19).

Le lavement des pieds, le reniement et le repentir sont aussi souvent illustrés. Pierre est le représentant de la Nouvelle Loi face à Moïse, symbole de l’Ancienne Loi. Second Moïse, Pierre reçoit du Christ, dans ses mains voilées, le rouleau de parchemin ou le livre de la Nouvelle Loi, qui abolit l’Ancienne. Ce thème a connu une longue fortune et s’est trouvé associé à celui de la Transfiguration. Jésus debout sur la montagne est alors entouré de Pierre qui reçoit la Nouvelle Loi, de même que Moïse avait reçu la Loi au Sinaï. Paul lève les mains en signe d’acclamation.

Les épisodes rapportés par les Actes des Apôtres ont été abondamment représentés, tel le baptême du Centurion Corneille (cuve baptismale de l’église Saint-Barthélemy à Liège, XII siècle). Raphaël leur consacre plusieurs œuvres (La pêche miraculeuse, La remise des clefs à saint Pierre, La guérison du boiteux, La mort d’Ananias, cartons de tapisseries de la chapelle Sixtine, 1515,Londres, Victoria and Albert Museum).

Ses nombreux miracles et ses emprisonnements lors de son apostolat en Orient sont le plus souvent figurés. Les épisodes romains sont : la rencontre avec Paul ; la victoire sur Simon le Magicien, qui voulait acheter le secret de ses miracles et qui se fracassa le crâne en prétendant voler dans les airs avec l’aide de Satan ; le séjour à la prison Mamertine, où il convertit ses deux geôliers, Procès et Martinien ; la sortie miraculeuse de la prison (Raphaël, la Délivrance de saint Pierre, 1513-1514, Chambre d’Héliodore au Vatican) ; la rencontre avec le Christ sur la voie Appienne, alors qu’il cherchait à s’enfuir de Rome ; la crucifixion, la tête en bas, les pieds vers le ciel (Michel-Ange, fresque de la chapelle Pauline au Vatican, v. 1540 ; Caravage, 1600-1601, église Santa Maria del Popolo à Rome).

José de Ribera, Musée de l'ermitage, St Pétersbourg.